Le président d'INIDH exprime ses inquiétudes : « Je suis très inquiet… »

30/3/2018

Dans un entretien accordé au reporter du Journal L'indépendant, le président de l'Institution Nationale Indépendante des Droits Humains (INIDH), Mamady Kaba s'est exprimé sur l'actualité sociopolitique liée à la crise à la Cour constitutionnelle, aux manifestations politiques, etc.

Après le tirage au sort portant sur le remplacement d'un tiers des commissaires de la Cour constitutionnelle, une déclaration de destitution du président Kéléfa Sall a été rendue publique par huit commissaires pour, disent-ils, « non-respect de la loi », concernant le tirage. Qu'en dites-vous ?

Mamady Kaba : Je pense qu'il faut que tout le monde revienne à des meilleurs sentiments, que l'ensemble des membres de la Cour et l'État travaillent à sauver l'institution. En ce sens qu'il ne faut jamais laisser une institution d'un pays s'écouler.
Les principaux problèmes de notre pays, c'est vraiment une défaillance institutionnelle. Les institutions sont faibles. Et, elles sont aujourd'hui plus que jamais fragilisées. Je pense que c'est une opportunité très importante de les renforcer, de renforcer leurs capacités de travail, de renforcer leur indépendance et leur efficacité. Je pense que la cour constitutionnelle, la commission électorale nationale indépendante et les institutions indépendantes des droits humains doivent bénéficier de ces reformes, afin d'éviter le pire au pays parce que toutes les violences graves que nous avons eues dans beaucoup de pays en Afrique, étaient dues à l'absence du recours.

Quand il n'y a pas d'institution fiable pour répondre aux attentes des populations, elles sont parfois poussées à utiliser les moyens qui mettent en péril la stabilité des Etats. C'est pourquoi, je pense qu'il est très important que nous contribuons tous aux renforcements des institutions de la république et en particulier la cour constitutionnelle qui aura pour mission de trancher les litiges pendant les élections législatives prochaines et aussi pendant les élections présidentielles.

En tant qu'activiste des droits de l'homme, quelles sont vos impressions sur ces assassinats répétés pendant les manifestations politiques ou pouvoir et opposition se rejettent la responsabilité ?

Nous condamnons toutes les violences et je suis de ceux qui pensent qu'il n'y a pas de paix, ni de stabilité sans justice. Il faut que l'État apprenne à donner la justice, la vraie justice et toute la justice à ses citoyens, aux partis politiques, aux organisations de la société civile etc.

La dernière fois, nous avions demandé qu'il y ait une mission d'enquête nationale qui va regrouper certaines institutions comme le ministère de la justice, la société civile etc pour que cette commission puisse enquêter sur les auteurs de violences commises pendant les manifestations et que les auteurs soient punis conformément à nos lois.

Cela aurait donné de l'espoir aux populations et leur donner des yeux pour regarder notre avenir commun avec plus de confiance. Malheureusement, cela n'a pas prospéré et aujourd'hui, nous sommes dans une dynamique où il est important de savoir que nous avançons tout droit vers une situation plus difficile qu'on ne l'imagine.

Si rien n'est fait pour donner la justice fiable aux victimes, je crains que le pays ne bascule dans l'inconnue. Donc, il est important que, si au plan interne, l'idée d'une commission d'enquête ne prospère pas dans ce sens, il serait important également au plan international qu'on en fasse prospérer l'idée d'une commission qui pourrait travailler avec les nationaux pour donner la justice à ceux qui en n'ont besoin.

Récemment, le procureur du TPI de Dixinn, Sidy Souleymane N'Diaye a présenté Boubacar Diallo, alias ‘'Grenade'' à la presse comme l'auteur des assassinats pendant les manifestations politiques. En tant qu'un activiste des droits de l'homme, quelle lecture en faites-vous de l'acte du procureur du TPI de Dixinn ?

Je m'abstiens de tout commentaire pour le moment et je souhaite qu'il bénéficie d'un procès juste et équitable. Que les enquêtes se poursuivent pour dénicher d'autres coupables de ces tueries pendant les manifestations. Je n'ose pas imaginer qu'il puisse porter à lui seul la responsabilité de toutes ces tueries que nous avons enregistrées pendant les manifestations ces dernières années. L'opposition parle déjà plus de 90 morts et donc, je n'ose pas imaginer qu'il peut à lui seul porter la responsabilité de tous ces crimes. Je pense qu'il y a d'autres auteurs qu'il faut rechercher et punir conformément à nos lois.

L'opposition républicaine projette une série de manifestations cette semaine dans le but de réclamer les vrais résultats des communales du 4 Février dernier. Qu'en pensez-vous ?

Je pense qu'il faut promouvoir le dialogue. Nous sommes dans cet esprit et dans cette dynamique. Nous souhaitons que le président de la République mette en place une commission de dialogue au sein de laquelle les préoccupations de l'opposition peuvent être étudiées plus sereinement et des solutions adaptées peuvent être trouvées. Nous ne devons jamais perdre de vue que nous sommes une démocratie en construction. Nous sommes très jeunes, il n'est pas possible pour nous de procéder comme tout le monde le fait. Nous devons à ce début-là, donner beaucoup plus de place aux dialogues et à la concertation et petit à petit renforcer les institutions de la République et ensuite, nous parviendrons plus tard à nous retrouver dans un État de droit où la primauté du droit sera une réalité.

Votre mot de fin

Mon message, c'est à l'endroit de l'ensemble des leaders politiques et des leaders d'opinion qu'ils appellent l'ensemble des populations au calme et à la retenue. Je suis très inquiet parce que des messages très violents et incitateurs à la haine sont propagés sur les réseaux sociaux. Je pense que cela doit cesser immédiatement et il faut tout faire pour que les marches, les manifestations laissent la place aux dialogues parce qu'il y a un risque très élevé de confrontation ethnique très grave dans notre pays. Et, ça sera une situation très regrettable parce qu'il nous sera très difficile de regrouper les morceaux, d'autant plus que nous avons des dossiers très brûlants qui aujourd'hui, empêchent les Guinéens de vivre ensemble et que nous cherchons à résoudre par la réconciliation nationale. Donc, il ne faut pas en rajouter. Il faut tout faire pour calmer la situation, privilégier le dialogue et la concertation et travailler tous au renforcement des institutions de la république, afin que tous les citoyens puissent faire confiance à l'État. Et, que l'État aussi ait les moyens de ses responsabilités, c'est ainsi que nous arriverons avec une situation où chacun trouvera la place qui lui revient dans notre société et nous parviendrons à faire en sorte que notre désir commun de paix et de stabilité soit une réalité.

Interview réalisée par Léon Kolié
In L’Indépendant

A

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