Le Gouvernement de Kassory : la lecture critique d'Amadou Djouldé Diallo

28/6/2018

Le journaliste sportif, Amadou Djouldé Diallo, était récemment l'invité de la radio Lynx FM. Dans cet entretien, il s'est exprimé les avantages et les défis du gouvernement dirigé par le Dr Ibrahima Kassory Fofana. Le vice-président de l'AIPS (Association internationale de la presse sportive, ndlr) Afrique a évoqué le coup dur que vient de subir l'équipe nationale guinéenne, au Maroc. Par la faute de certains membres de la fédération Guinéenne de football, qu'il qualifie d'opportuniste.

Bonjour Amadou Djouldé ! Un mot sur ces problèmes au niveau de nos communes rurales et urbaines à Maferinya, ces granites qui tombent sur des toitures et ce pont qui est coupé à Kassonya (Coyah).

On dit souvent que : gouverner c'est prévoir. Il y a toujours sur des sites d'une telle dimension. Des études de faisabilité qui doivent être faites, voir l'impact environnemental, l'impact social et avant de fixer le projet à cet endroit. Si, rien de ça n'est fait, on donne seulement le marché d'exploitation des granites à telle société, elle s'installe, rien est fait au départ, ou quelque chose est fait, l'argent a été détourné. Mais après, les conséquences nous les vivons.

Le pont de Kassonya qui est à un jet de pierre quand même de Conakry, c'est vraiment une honte nationale, qu'on parle encore de pont en bois dans la ville de Conakry. Là aussi, vous avez entendu que le gouvernement aurait financé l'exécution du pont. Mais le pont n'est pas fait jusque-là. On est toujours dans ce tour cyclique de l'impunité. Il s'agit aujourd'hui justement de voir si le gouvernement a financé, à quelle entreprise les travaux ont été donnés ? Pourquoi l'entreprise n'a pas exécuté ? Et que les gens répondent de leurs actes si oui, le gouvernement a déjà financé. Parce que là aussi, on est toujours dans ce cercle vicieux de l'impunité, chez nous.

Pour revenir à l'actualité, la Guinée à un nouveau gouvernement, constitué de trente-trois (33) ministres. Vous attendiez comme tout bon Guinéen, ce gouvernement. Est-ce que vous avez été satisfait par rapport à la liste que vous avez vue ?

Non, Pas du tout ! Parce que, je ne rentre pas dans le pouvoir discrétionnaire du Chef de l'État. Parce qu'un gouvernement, le président le compose en fonction de ses priorités. Où il est politique, où il est technocratique, où il est social ainsi de suite. Donc, c'est tout ça qui rentre en ligne de compte pour faire partie et faire venir tel, ou tel.

Mais, je dis déjà que le premier constat de ce gouvernement, c'est que les membres sont de l'ethnie du président, militants connus ou anonymes du RPG. Tous les ministères régaliens pratiquement sont attribués aux membres de l'ethnie du président.

Mais ils sont Guinéens ?

Non ! Attention, mais on est une nation. Il faut toujours tenir compte des équilibres et des fondamentaux de la nation dans la répartition du revenu national. C'est extrêmement important ! Quand l'ethnie du président prend seize (16) ministres, vous voulez après demain que quelqu'un d'autre ne le fasse pas. Je pense que ça, il faut en tenir compte. En plus sur les 6 ministres d'État, il y a 2 qui sont de l'ethnie du président, les autres régions ont chacune un ministre d'État, parce que je ne mets pas le ministre Tibou Kamara qui est Djallonké, qui a une mère peulh.

Ça, c'est le premier constat, et c'est le même constat malheureusement au niveau de toute l'administration et des missions diplomatiques à l'étranger, des régies financières de l'État et des sociétés minières. Ça, il faut le corriger, parce que c'est toutes ces frustrations accumulées, parce que c'est à la fois un danger et une menace à l'unité nationale et à la cohésion sociale. La discrimination et l'exclusion entraînent des frustrations qui s'accumulent. Et qui peuvent par la suite affecter les fondamentaux de la nation. Il faut en tenir compte, on disait ici que Sékou Touré en a tenu compte, Lansana Conté en a tenu compte.

La Nation repose sur ça, sur ces valeurs-là. Mais si vous prenez tout pour vous, vous pensez que le peuple est silencieux, il ne l'est pas. Je vous donne un exemple. Les évènements du 4 Juillet 1985, ça été une mauvaise et une fausse appréciation de croire que d'identifier Sékou Touré à son ethnie Malinké. C'est une fausse et mauvaise appréciation de certains Guinéens pour identifier Sékou Touré à l'ethnie Malinké. Il y avait l'effectivité du coup d'État. Mais de là, à s'en prendre à une ethnie, c'est condamnable, c'est inadmissible. Hors, la révolution s'est nourrie de ses meilleurs fils mais y compris ses meilleurs fils malinké.

Donc, c'était une mauvaise approche mais ça reste dans la tête des gens, puisque le président est de telle ethnie. Là, il faut faire attention, je l'ai dit toujours, mais les gens disent, non ! Tu es devenu ethno, tu es communautariste et tout. Mais j'alerte, il faut faire attention parce que c'est lui qui a envoyé son fils à l'école du côté du Télimélé, du côté du Gaoual, de Koundara ou d'autre part. Il se dit pourquoi pas mon fils ? Pourquoi pas ma région ?

Il reste le ministère de l'élevage peut-être il va nommer quelqu'un de Télimélé là-bas. Il y a un équilibrage possible.

Aujourd'hui, le danger, c'est que si nous prenons les composants sociologiques de la Foret, aujourd'hui, il n'y a pas un ministre Toma dans le gouvernement. Pourtant, il y a 2 guerzés, il y a un Kissi. Ce que moi, je ne comprends pas, c'est pourquoi on se base sur les ethnies ou des communautés pour faire un gouvernement ? Alpha peut nommer tous les malinkés pourvu qu'ils soient compétents.

La Nation, repose sur le partage, sur l'équilibre sur des fondamentaux, il faut en tenir compte dans la sociologie politique de notre pays. Je le disais ici la dernière fois, au Gabon, le Premier ministre est toujours un fan, pourquoi il n'est pas Batéké comme les Bongos ? Il faut en tenir compte, c'est extrêmement important, parce que ça permet de faire un certain équilibre par rapport à la dimension achevée de la nation.

Il faut qu'on dépasse ce débat.

Pour dépasser ce débat, il faut aller d'abord au mérite, à la compétence et au partage équitable du revenu national, j'insiste là-dessus. Partout où il y a eu des soulèvements populaires, partout où il y a eu de révolte, partout où il y a eu des guerres civiles, les ferments ont toujours constitué la frustration d'une partie de la population ou la majorité de la population.

Est-ce que dans le plan économique, vous pensez que ce gouvernement va réussir ?

Si, Kassory a les mains libres, il peut réussir parce qu'il a d'abord une qualité qu'il faut lui reconnaître, il n'est pas ethno. Contrairement à la plupart des cadres de ce pays. Kassory fait partie de ces cadres guinéens qui ont acquis beaucoup de connaissances sur le plan économique qui sont en mesure de développer un pays. C'est un atout, c'est un joker mais c'est aussi un risque, éventuellement un danger.

C'est un atout parce qu'il maîtrise les rudiments de l'économie. Si on lui laisse conduire la politique économique du gouvernement, il peut s'en sortir. Et puis, il est dans un environnement favorable parce qu'il mène le dialogue social. Il a réussi quand même à reporter la grève des enseignants. Du côté, il est l'ami du chef de fil de l'opposition guinéenne. Si le président de la République veut se reposer, vraiment, il peut se reposer puisque la constitution confère au Premier ministre de mener le dialogue social. Moi, je pense qu'entre Cellou Dalein et Kassory Fofana, un coup de téléphone peut régler beaucoup de problèmes.

Mais, la présence du ministre Tibou qui est aussi dans le sillage qui est aussi un ami commun aux deux.

Ça vient en renfort, c'est-à-dire Tibou est ami à Kassory et ami à Cellou Dalein. Donc, le président peut se reposer parce que Kassory et Cellou Dalein peuvent se parler. Ils peuvent se comprendre, ils peuvent s'accepter sur un sujet important de la nation. Kassory peut faire des concessions à Cellou Dalein, tout comme ce dernier peut faire des concessions à Kassory. Cette convivialité qu'on retrouve au niveau des cadres au-delà de leurs options politiques, au-delà de leur choix politique qu'il y ait de prévalence de l'amitié, de cette fraternité qui sont développés est un facteur important, parce qu'en fait, c'est du Condé fait avec du Conté.

On a dit que Conté n'était pas bon, ce n'était pas un intellectuel. Mais c'est un chef militaire qui a fait ses preuves. La preuve, Alpha n'a pas pu puiser ailleurs sinon que dans les viviers de Lansana Conté, ça fait 2 Premiers ministres quand même. Et Sidya aussi qui est le haut représentant du Chef de l'État, un ministre secrétaire général à la présidence, Kiridi Bangoura. Tout ça, c'est du Lansana Conté quand même.

Kassory, c'est un risque aussi. S'il va dans le programme du troisième mandat aveugle et absolu du président de la République pour en faire une priorité par rapport aux priorités économiques, moi, je suis convaincu que le troisième mandat, ne prospérera pas en Guinée. En ce moment, il constitue un risque, un risque pour lui-même d'abord et pour le pays. Mais, je le connais à moins que ce ne soit un autre Kassory qui se métamorphose. Si c'est le même que j'ai connu, Kassory technocrate, Kassory le politicien, je suis sûr que demain, après-demain, s'il se rend compte qu'il ne peut pas travailler, il va présenter sa démission au président de la République.

A ce niveau, c'est une surcharge intitule. Moi, je ne vois pas pourquoi on fait de l'accumulation à tous les niveaux alors qu'il y a des ressources humaines ailleurs. Prenez le ministre de la Défense, pourquoi affaires présidentielles encore. Mais, non seulement vous servez de contre-pouvoir au Premier ministre mais aussi vous êtes sans le dire le vice-président. Vous êtes sans le dire le président. Vous gérez la présidence, vous gérez la défense pourquoi ? Alors qu'il y a des jeunes cadres, comme Kiridi, comme Ibrahime Kalil Kaba qui sont là.

Diané (ministre de la Défense), c'est l'homme de confiance d'Alpha l'opposant, il est resté fidèle, c'était le symbole qui a fait la prison, qui était dans les journaux que je lisais toutes les semaines dans l'Indépendant. C'est par lui qu'on savait que le RPG vivait ici, naturellement qui avait d'autre anonyme qui souffrait, qui subissait le martyr de l'administration Conté. Militant du RPG, c'est effectif, c'est lui qui symbolisait la lutte en l'absence du Pr Alpha Condé avec Fatou Bangoura. Diané confident, symbole du RPG auprès du Chef de l'État. Ça c'est un fait.

Maintenant qu'ils ont arrivés aux affaires, il y a d'autres courants qui traversent le RPG. Ibrahima Kalil Kaba, c'est l'éminence grise d'Alpha président Il faudrait laisser cette démarche-là évoluer. Laissez Ibrahima Kalil Kaba continuer à gérer, à être dans le secret du président. Que le ministre Diané s'occupe de la défense. Mais, s'il y a une surcharge à ce niveau-là, il a un conflit de génération et après un conflit d'intérêt, tout ça autour du président. Finalement, les différents clans qui se constituent autour du président de la République se battent. Et ils scient eux-mêmes la branche sur laquelle ils sont assis. Donc, il faut soulager le président, Kassory mène le dialogue social, il peut y parvenir parce qu'il est de ce vivier-là. Pour Tibou, c'est la même chose, conseiller personnel du Chef de l'État, ministre d'État. Il a donné la preuve de ses capacités managériales, de ces capacités de médiateur, de négociateur. Je pense que ça suffit qu'il soit près du président. Mais prendre le ministère de l'Industrie et de PME, je n'en vois pas l'utilité, je n'en vois pas l'importance.

Parlant du Syli national, ce fameux regroupement de notre équipe à El Jadida au Maroc. Au départ, la Guinée devait jouer contre l'Ouganda qui a décliné l'offre. On a parlé de Widad de Casablanca, ça n'a pas été le cas. Finalement, ils ont joué contre une petite équipe de deuxième division. Qu'est-ce que vous pensez de ce regroupement ?

Les ministres se succèdent, les fédérations se succèdent et rien ne change. Vous ne pouvez pas prendre une équipe nationale de Guinée l'amener sans s'assurer que vous avez de l'adversaire. A l'heure qu'il est, toutes les équipes, celles qui sont qualifiées pour la coupe du monde, dont le Maroc, ces équipes sont en regroupement avec leur meilleur effectif. Et puis c'est simplement pour sortir l'argent.

Vous savez, il y a eu une période où il n'y avait pas de gouvernement. Le ministre Bantama Sow est parti. Ceux qui étaient là, on a dit, il faut mettre quelque chose rapidement pour nous permettre d'avoir de l'argent. Et puis, on a fait, on monte un projet, on va sortir l'argent des finances. Et on envoie une équipe à El-Jadida en regroupement, on dit des binationaux. Si, c'est des binationaux pourquoi ne pas les amener à Conakry. Il n'y a aucun parmi eux qui n'a pas une famille ici, même ici ce sont des binationaux. Ça aurait permis à ces jeunes-là de connaître la Guinée, pour ceux qui ne sont jamais venus et de connaître leurs familles et tout.

Mais, on dit non ! Si c'est à Conakry, on n'aura pas d'argent. Je dédouane en partie le ministre Bantama parce que cet intervalle, il n'était pas aux affaires. On a profité justement de ce temps mort-là pour préparer quelque chose, pour sortir l'argent. Parce que les Guinéens aiment voyager, quand il s'agit de ça, le ministère et la fédération sont d'accord. Les Guinéens aiment voyager, on prend l'équipe, on va à El-Jadida. Vous n'avez rien de concret, rien ficelé. Pendant ce temps, le Premier vice-président lui, il monte pour affaire d'équipement. Et puis par là-bas, il y a un autre réseau qui est là pour ces équipements là qu'il faut faire débarquer à El-Jadida. Donc, ça fait de l'argent de ce côté-là, personne ne comprend rien.

On vient prendre Antonio, pour dire que, c'est urgent, il faut faire. Puisque lui, il a la passion du football, il sort l'argent rapidement pour faire face à tel, tel. Et puis vous prenez l'équipe nationale de Guinée, vous dites qu'elle joue contre le raja de Casablanca, les gens sont en vacances, le raja désiste, après, c'est une équipe de deuxième division que vous rencontrez. Écoutez ! L'équipe Nationale A, élément de souveraineté de notre pays, une équipe pour laquelle, on joue l'hymne national, vous l'envoyez là-bas parce que des gens ont pris de l'argent ou veulent voyager, mettre leurs photos sur Facebook pour dire je suis à El-Jadida. Ainsi de suite.

Le deuxième match qui était prévu contre le widad de Casablanca, l'équipe a désisté. Maintenant, ce sont les joueurs guinéens, qui vont jouer entre eux. Après ça, on va prendre l'avion pour rentrer ici à Conakry. Tout ça, c'est de la dépense intitule. J'interpelle Bantam Sow, il n'aura pas d'excuses devant l'histoire, parce qu'il n'est pas un ministre seconde de la République. Il fait partie du premier cercle des lieutenants du Pr Alpha Condé. S'il se laisse embarquer par la mamaya habituelle du ministère des Sport et de la fédération, parce que certains seraient venus lui dire : « comme tu as la chance de revenir au gouvernement, si tu ne prends pas ta part ce sera tant pis pour toi » il n'a qu'à voir le résultat obtenu. Je l'interpelle encore une fois parce que lui, il peut aller rencontrer le président de la République sans audience, pour poser ses problèmes directement, il peut rencontrer le Premier ministre sans audience, il peut rencontrer toute la chaîne nationale du commandement du pays sans audience, pour poser les problèmes et les résoudre.
L'histoire, c'est dire qu'est-ce que tu avais fait quand tu étais au poste ? Il n'y a pas d'excuse parce qu'il a accès au président. Donc, ce qui s'est passé à El-Jadida, c'est du tourisme, c'est pour manger l'argent simplement pour se moquer de la Guinée, pour humilier la Guinée, pour humilier l'équipe nationale de Guinée. Et ça, c'est intolérable.

Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo
In Le Démocrate

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