Ben Daouda Sylla : Dors en Paix, le libre Homme

18/10/2020


Quel violent séisme que ce paralysant coup de fil reçu ce dimanche de vote présidentiel Guinéen m'annonçant le décès de mon ami et frère, Ben Daouda Sylla "BDS", Grand symbole de la la liberté et de l'indépendance du journaliste.

Sous le choc de la triste réalité, des souvenirs de tout genre d'un collaborateur, d'un ami, d'un frère, de celui qui a été un proche, un intime entre les années 80 - 90 - 2000 me torturent les méninges. Mais, je manque de force face à la terrible épreuve pour évoquer Ben Daouda Sylla, le patron de Midi-Infos des dimanches, le journaliste présentateur vedette de tous les temps, sous la supervision Mamadouba Diabaté, de Guinée-Soir la grande édition du Journal Parlé de la Radiodiffusion nationale diffusé à 19 heures 45, le téméraire correspondant de Radio panafricaine "Africa N°1".

L'une des imposantes voix de l'histoire de la Rtg, Ben Daouda s'est, d'abord voulu journaliste libre et s'est battu pour une information débarrassée des oripeaux officiels, l'information qui intéresse ses auditeurs, le public et non la propagande du Système en place. Ce principe pour lequel il a justifié son choix de la profession lui a valu la sanction la plus extrême qu'aucun journaliste du service public n'a subi en Guinée : suspension de salaire pendant plus de 10 ans, radiation de la fonction publique, menaces, harcèlement etc. Ce supplice BDS l'a supporté au nom de la liberté de la collecte, du traitement et de la diffusion de l'information.

Contrairement à la règle établie, Ben Daouda, quand il est à la présentation, il ouvre généralement le journal par des nouvelles les plus poignantes au plan local ou international, quitte à se faire réprimander par ses chefs pour avoir relégué au second rang l'actualité présidentielle ou gouvernementale.
Dans la même logique, il a été le seul journaliste à faire échos sur les antennes de la RTG des nouvelles concernant Alpha Condé quand l'opposant de l'époque était systématiquement diabolisé.

Il était encore plus libre sur les antennes d'Africa N°1 où il s'est jamais laissé influencé encore moins manipulé. Il était avec Yamoussa Sidibe, Alpha Kabinet Doumbouya, les rares journalistes du service public qui acceptaient les invitations du secrétaire général puis du Président du RPG dans les années 90 et se rendaient à Mafanco à visage découvert. Il en faisait autant avec tous les acteurs politiques de l'époque : feu Ba Mamadou, feu Siradiou Diallo, feu Jean Marie Doré, Sidya Touré
Malgré son statut de fonctionnaire, BDS signait animait et signait des articles qui se voulaient objectifs dans les journaux privés indépendants. Dans le contexte de l'époque, c'était héroïque.

Il n'a jamais eu l'âme d'un militant, professionnel, Ben Daouda l'a été jusqu'à son dernier souffle. Quand le patron d'Africa N° 1 lui a demandé en 2003 de proposer un journaliste pour une tournée de travail en Afrique Centrale avec pour point central Malabo, Ben Daouda m'a fait l'honneur de me désigner dans le groupe de journalistes africains. Il me recevait souvent dans ses revues de presse.
Personnellement, je perds un ami, un frère, un intime. Nous sommes restés très liés, très proches. À cause de ses liens, il était souvent chez moi à Dixinn et je ne quittais pas Boulbinet. Longtemps, je suis resté Parrain de sa belle sœur Cathy, la sœur de son épouse Rica Mady Ben, Sylla Justine pour qui j'ai une pensée profondément recueillie. Pensée profondément émue pour ma sœur Issatou Barry, sa seconde épouse.

En cette circonstance très douloureuse, mes souvenirs me fixent sur nos nombreux amis et frères communs : Alpha Kabinet Doumbouya, Mamadou Dian Diallo, Issa Conde, Sami Traore etc.
Dors en Paix, champion de la la liberté.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, t'accueillir dans son éternel Paradis. Amen

Abdoulaye CONDÉ

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