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20 Août 2017 - 5h13
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Des officiers africains à la tête des forces de paix sur le continent, nouvelle règle ou exception ?

2017/8/11

Aujourd'hui en Guinée Le lieutenant-général kényan Leonard Muriuki Ngondi a été nommé mardi 8 août commandant de la Minuad au Darfour. Une désignation qui porte désormais à cinq sur huit le nombre d'Africains à la tête des opérations de maintien de la paix sur le continent.

« C’est une évolution positive : les natifs du continent sont de plus en plus désignés pour commander les Casques bleus au sein des opérations de maintien de la paix en Afrique. » Jean Delors Biyogue-Bi-Ntougou, spécialiste entre autre des mécanismes africains de paix et de sécurité, estime même que cette « tendance est en train de devenir une règle ».

Dernière illustration en date : le mardi 8 août, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine (UA), ont annoncé la nomination du lieutenant-général kényan Muriuki Ngondi comme commandant de la force hybride ONU-UA au Darfour (Minuad), en remplacement du général pakistanais Fida Malik.

Qui sont les officiers africains qui commandent les Casques bleus ?

Fin décembre 2015, à la tête du commandement militaire de la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco), c’est un haut-officier brésilien, Carlos Alberto dos Santos Cruz, qui a laissé sa place au général de corps d’armée Derrick Mbuyiselo Mgwebi, de nationalité sud-africaine. Ils ne sont d’ailleurs aujourd’hui que deux non-Africains à diriger des Casques bleus sur le continent : le Général de division chinois Wang Xiaojun à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) et le général de division belge Jean-Paul Deconinck à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies au Mali (Minusma).

Après le limogeage du général kényan Johnson Mogoa Kimani Ondieki, commandant de la force de l’ONU au Soudan du Sud (Minuss) pour de « graves lacunes identifiées » en novembre, cinq opérations de maintien de la paix sur les huit encore présentes en Afrique sont dirigées, du point de vue militaire, par des officiers originaires du continent, ressortissants du Nigeria, du Sénégal, de l’Afrique du Sud, du Kenya et de l’Éthiopie.

Sont-ils compétents pour diriger les Casques bleus ?

Formés, pour la plupart, dans une des grandes écoles militaires du monde, la question de la compétence et de la capacité de ces officiers africains à commander des troupes onusiennes ne devrait pas se poser. D’autant qu’ils participent également à des « programmes de renforcement des capacités africaines en matière de maintien de la paix », mis en place par l’ONU et l’Union européenne.

Cette réappropriation en cours de la direction des forces onusiennes par les Africains permet par ailleurs de « sortir du regard colonialiste que l’on pouvait poser sur la question », estime Jean Delors Biyogue-Bi-Ntougou, qui participe aussi au Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP). « Pour plusieurs chefs d’État africains, le fait d’envoyer des officiers occidentaux ou d’autres pays aux commandes des opérations de maintien de la paix chez eux signifiait l’immaturité de l’Afrique à gérer elle-même ses propres problèmes de paix et de sécurité », rappelle le chercheur.

Le problème, c’est la capacité des officiers africains à résister aux pressions des États

En conséquence, « ces cinq dernières années, l’ONU s’est résolue à travailler en étroite collaboration avec l’UA sur tout ce qui concerne les opérations de maintien de la paix et de prévention de la sécurité, en donnant un rôle majeur à l’organisation continentale. Celle-ci délègue à son tour les responsabilités aux organisations économiques régionales (CEEAC, Cedeao, Igad…) qui disposent chacune désormais d’un programme Paix et Sécurité », poursuit-il.

Pourquoi faut-il des gardes-fous ?

Mais cette africanisation des processus de maintien de la paix en Afrique nécessite quelques gardes-fous. Car, comme le souligne notre expert, « le problème réside dans la capacité des officiers africains à résister aux pressions des États africains : si un général qui dirige une opération de maintien de la pays cède aux pressions de son pays d’origine, cela peut réduire dangereusement sa marge de manœuvre sur le terrain ».

Autre problématique : celle de la moralité. « Comment ces officiers africains se comportent-ils face à la corruption, aux problèmes d’éthique, à la politisation du mandat de l’ONU ? » interroge Biyongue-Bi-Ntougou. Pour l’instant, aucun des commandants africains n’ont été épinglés pour des manquements en la matière.

Voici le succinct profil de quelques uns de ces braves officiers

Balla Keïta
Général sénégalais de corps d'armée
Minusca (Centrafrique)

Après la mort du Camerounais Martin Chomu Tumenta, commandant de la force de la Mission de l'ONU en Centrafrique, Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations unies, avait décidé, le 11 février 2016, de nommer un autre officier africain à ce poste. Son choix s'était alors porté sur le Sénégalais Balla Keïta, général de corps d'armée. Cet ancien inspecteur général des Forces armées sénégalaises n'en est pas à sa première expérience dans une opération de maintien de la paix. Diplômé de l'École militaire interarmes (Emia), en France, cet officier de 61 ans a occupé auparavant les fonctions de commandant adjoint de la force de l'Opération hybryde Union africaine-Nations unies au Darfour (MIinuad).

Salihu Zaway Uba
Général major nigérian
Minul (Liberia)

C'est depuis janvier 2015 que ce général major nigérian a succédé à l'officier kényan Leonard Muriuki Ngondi à la tête de la force de la Mission des Nations unies au Libéria (Minul). Salihu Zaway Uba, 58 ans, est un militaire expérimenté en matière d'opérations de maintien de la paix. Dès le début des années 1990, il a dirigé une brigade au sein de la Force de protection des Nations unies. Au Nigeria, le général major Uba était entre autres chargé de la formation et de la doctrine de commandement de l'armée.

Leonard Muriuki Ngondi
Lieutenant-général kényan
Minuad (Soudan)

Après le Libéria et la Sierra Leone où il a participé à des missions onusiennes, cet officier kényan de 58 ans a été nommé, le 8 août, commandant de la force de l'Opération hybride Union africaine-Nations unies au Darfour (Minuad). Jadis chef d'état-major de l'armée kényane, le lieutenant-général Leonard Muriuki Ngondi était jusqu'ici commandant du collège de défense nationale dans son pays.

JA

 

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